Six Continents, ou plus

 

En écho aux appels d’Ubuntu, un rêve lucide, l’exposition de la commissaire invitée Marie-Ann Yemsi - appels à la révolte, mais aussi à la sagesse et à la réparation, cinq expositions au Palais de Tokyo mettent en valeur des artistes qui font passer des frontières et redonnent leur puissance d’agir à des idées, des formes, des cultures plus itinérantes qu’enracinées. Au sein d’espaces de conflits, passés et présents, ils et elles réclament l’égalité et l’échange comme principes vitaux. Ces imaginaires artistiques sont ancrés dans un monde qui n’a définitivement plus de centre et multiplient les pôles magnétiques. Cette fragmentation pourtant n’occulte pas l’histoire, car accompagnant les diasporas et les créolisations, les récits de libération et d’émancipation tout comme ceux de l’histoire violente des spoliations et des corps déplacés se font jour, de manière de plus en plus lucide et audible.

 

Jonathan Jones enquête sur le devenir des plantes et objets rapportés d’Australie par l’expédition Baudin commanditée par Bonaparte et s’interroge sur la manière dont ces extractions « peuvent se transformer en nouvelles formes (…) de réciprocité et de restitution dans le cadre de la décolonisation ». Maxwell Alexandre (lauréat de la résidence SAM Art Projects) fait entendre une voix afro-brésilienne dans ses peintures aux narrations superposant les allusions locales et la culture globale et appelle à occuper les territoires du monde de l’art, ces lieux de pouvoirs. Aïda Bruyère (lauréate du Grand Prix du 64e Salon de Montrouge ) comme le peintre Jay Ramier (Lasco Project) choisissent d’évoquer par la musique et la reconstitution d’espaces de fête (pour l’une le dancehall des boîtes de nuit maliennes, pour l’autre les racines du hip-hop à travers l’héritage Funk), les manières dont les cultures musicales s’hybrident et sont constitutives de l’expression d’un corps social et de l’émancipation d’identités en mouvement. Si le free jazz accompagne les premiers films de Sarah Maldoror pour raconter la libération décoloniale, c’est surtout la poésie qui est l’outil qui lui permet de franchir les frontières d’un continent à l’autre, entre Europe, Afrique et Caraïbes. Au-delà de leur poésie singulière, ces artistes portent et partagent des imaginaires non plus nationaux mais bien continentaux, dont le déplacement tectonique est irréversible. Six Continents, ou plus, s’ouvrent au Palais de Tokyo le 26 novembre.

 

Avec :

Du 26/11/2021 au 20/03/2022