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Guillaume Leblon Corps Glitch Transit

Corps Glitch Transit : ce titre, sorte d’inventaire de mots, constitue le programme poétique de l’exposition projetée par l’artiste français Guillaume Leblon (1971, né à Lille, vit à New York et à Guadalajara) à l’intérieur et à l’extérieur du Palais de Tokyo.

 

Le corps, comme pour toutes les expositions de l’artiste, en est le cœur, par sa présence autant que par son absence. Guillaume Leblon est un artiste qui étend le vocabulaire de la sculpture : il ne s’agit pas pour lui de disposer des objets dans l’espace face auxquels on se tient, mais bien davantager de créer un lieu à l’intérieur duquel le public déambule. Les œuvres de Guillaume Leblon constituent le plus souvent des corps, au sens d’organismes, de singularités, parfois de formes d’anthropomorphisme, mais aussi au sens de fragments rassemblés en une recherche intranquille d’harmonie et de disharmonie.

 

Glitch évoque justement la discordance, la stridence, l’erreur : ce qui disperse, détourne l’attention de manière inattendue. Le glitch, issu du vocabulaire digital, est une version contemporaine des dysfonctionnements qui se produisent entre les corps et leurs environnements, et comment ils reconfigurent leurs relations. Transit, enfin, définit une fonction possible de cet espace créé au-dedans et au-dehors du Palais de Tokyo : un espace de transition, en métamorphose, où différents régimes d’images, d’espaces et de temporalités se superposent et se stratifient sans se fixer, pour créer de nouvelles sensations. Corps Glitch Transit entremêle formes naturelles et formes construites, références au classicisme (induit notamment par l’architecture du lieu) et à l’hyper-contemporanéité des signes dans les espaces urbains de transit.

 

La pièce centrale est composée d’un ensemble de signes de néons flottant à la surface du bassin sur le parvis. L’artiste les a acquis au Mexique à la suite de l’annonce de la faillite d’une fabriques. Ces néons disparates et fragmentaires sont des tests inachevés, des commandes invendues, des projets rejetés : ils représentent un babel de signes et de langues hétéroclites, qui évoque une certaine faillite du consumérisme, mais aussi la surabondance de signaux dans la ville, où les formes et les couleurs l’emportent sur les significations, comme le soulignait Walter Benjamin dans Sens Unique, qui y voyait le signe de la supériorité de la publicité sur la critique. Ces signes et ces récits fusionnent dans une illumination multicolore, et irradient tout le parvis à la nuit tombée.

 

Autour de cette œuvre lumineuse se distribuent plusieurs sculptures aux abords du bassin, inspirées par les lieux, leur histoire, leur architecture et ses usages.

 

Cette proposition, imaginée pour le jour et la nuit, métamorphose le parvis qui réunit deux bâtiments emblématiques de Paris, construits pour l’Exposition universelle de 1937, dite « Exposition internationale des arts et des techniques appliqués à la vie moderne ». Tournée vers le futur par son intitulé, mais conservatrice dans son architecture néo-classique, cette exposition est marquée par la place qu’y prend le politique dans un contexte destiné à glorifier les innovations techniques et commerciales. L’agressif pavillon allemand d’Albert Speer comme le pavillon de la République espagnole qui accueille Guernica de Picasso sont des marqueurs des conflits ouverts ou encore latents qui se font jour à cette occasion. 

 

Avec Corps Glitch Transit, il s’agit pour Guillaume Leblon de reconfigurer, par des jeux de contrastes et de perturbations, une situation typiquement parisienne, entre patrimoine architectural chargé d’histoire et espace public contemporain occupé par une myriade de signes et de transactions.  En s’appuyant sur des éléments inachevés du lieu, son projet révèle l’aspect fragmenté d’un lieu dans son rapport à l’histoire, tout en le projetant dans le futur, dans un monde à la fois rêvé et hanté.

 

Commissaire de l’exposition : François Piron

Exposition

Juillet - Septembre 2022