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Encore ! Dorothy Iannone editions and books 1964-2013 Un commissariat de Yves Brochard.

Dans le cadre du Guest Program
18H - Vernissage de l’exposition Encore ! Dorothy Iannone editions and books 1964-2013 dans La Galerie des Multiples
Dorothy Iannone est née à Boston en 1933. Elle a suivi des études littéraires, c’est à New York qu’elle a commencé à peindre à partir de la fin des années 50 . En 1967, lors d’un voyage en Islande elle rencontre l’artiste suisse Dieter Roth, début d’une liaison amoureuse et passionnée. Elle vient rejoindre en 1974 ses amis Marianne et Robert Filliou dans le Sud de la France. En 1976 elle reçoit une bourse du DAAD et vient vivre à Berlin où elle réside et travaille encore aujourd’hui. En 1984, elle a commencé l’étude et la pratique du bouddhisme tibétain. Cette année 2013, Dorothy Iannone a bénéficié d’une grande exposition au Camden Arts Centre de Londres et elle aura, l’an prochain, une exposition rétrospective à la Berlinische Galerie, Museum für Moderne Kunst. Le public parisien se souvient d’une exposition monographique « She Is A freedom Fighter » à la galerie Air de Paris en 2007.
L’oeuvre de Dorothy Iannone repose sur les liens amoureux entre la femme et l’homme : « Mon amour et ma passion pour Dieter consumaient à peu près toute mon attention et mon énergie, et quand nous n’étions pas ensemble, faire des oeuvres à propos de notre relation amoureuse était un prolongement à notre extase ou parfois une métamorphose de nos souffrances. » (1)Toute son oeuvre tend vers ce moment où les deux corps vont s’unir, c’est toujours dans un paysage féerique, les étoiles dans le ciel, yes, les plantes, les oiseaux tiennent des colliers de fleurs, l’homme et la femme s’unissent tendrement, leurs bras se mêlent, à ce moment l’amour et la sexualité ne font plus qu’un, ils accomplissent leur intimité totale, “L’unité extatique”. Ce n’est pas, pour autant, une oeuvre tournée sur elle-même mais bien au contraire ouverte et faite pour l’autre : « Le Mouvement de libération des femmes a commencé après mon départ des États-Unis. Il me fit prendre conscience de beaucoup de choses que je n’avais pas envisagées au début des années soixante. J’ai fait des peintures sur le sujet de la libération des femmes ainsi que des sérigraphies comme “The Next Great Moment In History Is Ours”. J’ai fait des chansons sur le matriarcat et intégré les vidéos et cassettes où je chante ces chansons dans mon oeuvre par la construction de caissons peints qui contiennent les cassettes et vidéos. J’ai toujours été, en même temps, autant concerné par la condition de l’homme, une de mes gravures est intitulée “Human Liberation” un bras levé pour la femme, un pour l’homme.” Lorsqu’il y a un tel souffle d’érotisme, de liberté, on peut s’attendre à un retour de bâton et le travail de Dorothy Iannone sera régulièrement l’objet de diverses formes de censure: “Je fus fort surprise et plus tard chaque fois que ce fût possible, je protestais avec les faibles moyens dont je disposais. Mais la censure n’a jamais fait changer mon travail, on peut même dire que j’ai été de plus en plus loin dans mes thèmes de prédilection.”

Il fallait que la route de Dorothy Iannone croise celle de la galerie de multiples. Par beaucoup d’aspects, c’est une oeuvre qui va revenir à cette grande histoire des éditions, du multiple dans l’art contemporain: “Les éditions m’ont donné la possibilité, au début des années 70, de toucher un plus large public que celui rencontré dans les expositions occasionnelles en galerie. Et, comme je l’ai découvert depuis peu, c’était les gens jeunes, dans ce public, qui étaient spécialement réceptifs à mon travail. Je suis très émue quand j’entends aujourd’hui de nouveaux amis ce que mon travail a signifié pour eux à l’époque. Quel précieux retour !” (2) On trouvera dans le catalogue des éditions de Dorothy Iannone des gravures, des sérigraphies, des livres mais aussi une boîte, un calendrier, des cartes postales, une couverture de livre, des cassettes audio, un tarot, parfois un disque vinyl dans un leporello... Autant de centres d’intérêt pour les rapports entre le texte et l’image, pour le chant, pour le jeu. C’est aussi une liste qui pourrait inclure les liens amoureux, amicaux tissés par l’artiste et l’on ne sera pas surpris de retouver là quelques uns des “unheard prophets, voluntary outcasts, great solitary masters…” (3) de cette belle histoire: Dieter Roth bien entendu mais aussi Robert Filliou, Emmett Williams, André Thomkins, George Brecht, Konrad Klapheck, Tomas Schmit…

En 1971, Dorothy Iannone accompagne Dieter Roth chez son graveur dans la petite ville de Braunschweig, ce soir là elle raconte l’histoire des lions, Dieter Roth lui suggère de la graver et l’histoire dit: “Il était une fois un homme et une femme qui marchaient dans la forêt. Peut-être se sont-ils arrêtés pour faire l’amour. Quand ils reprirent leur marche, ils furent aperçus par quelques lions et lionnes qui voulaient les dévorer. L’homme sortit immédiatement sa trompette -certains disent un violon- et commença à jouer. La femme -quoique dans un autre style et dans d’autres tons- ajouta son chant à la musique de l’homme. Ainsi, ensemble, ils charmèrent et apaisèrent les bêtes sauvages qui prirent alors des attitudes pensives, pacifiques mais joyeuses. Et alors, peut-être la femme et l’homme firent de nouveau l’amour. Et ainsi firent aussi les gros chats.”(4)

Yves Brochard

1) Les citations proviennent d’une série d’entretiens réalisés avec Dorothy Iannone entre septembre 2006 et aujourd’hui
2) Dorothy Iannone, A catalogue raisonné of editions and books 1964-2013 Département arts plastiques Université Lille 3, mai 2013
3) Charley 05 n.d
4) Extrait de la gravure Lions For Dieter Roth The Present Lion Master1971

 

Exposition

Du 04/05/2013 au 04/06/2013