Cécile Beau
Le travail de Cécile Beau (née en 1978, vit et travaille à Paris), que l’on pourrait qualifier de « science-fiction pauvre », propose de véritables expériences sensorielles qui nous plongent dans des univers le plus souvent réalistes, mais comportant un supplément fictif, qui leur confère toute leur poésie. Végétaux ou minéraux sont ainsi mis en scène, dans des oeuvres dont les titres mystérieux empruntent souvent aux langues étrangères. Comme dans un rêve éveillé, les racines des arbres pendent du plafond, des néons créent des coups de tonnerre, et toute une machinerie illusionniste à la Méliès se cache derrière des oeuvres d’une troublante beauté. L’artiste « arpente le réel pour s’approvisionner en fragments » (Émile Soulier), afin de créer ses oeuvres hybrides et énigmatiques générant des atmosphères fantomatiques.
Cécile Beau s’intéresse essentiellement à la notion de territoire ou de paysage comme appropriation mentale d’un lieu, ou comme outil pour atteindre un au-delà du visible. Des paysages dans lesquels toute présence humaine a disparu – ou n’a peut-être jamais existé –, des oeuvres d’une poésie austère. Proposant des visions d’ensemble ou de détail, elle impose au spectateur de consacrer un minimum de temps à ses oeuvres : en effet, ses images sont difficilement perceptibles, et ne se laissent découvrir que peu à peu, permettant d’appréhender les composants et les subtiles variations qui les unissent. Un environnement sonore se laisse deviner, transformant peu à peu le rapport à l’oeuvre en expérience totale. Des images à première vue familières (une forêt, le lit d’une rivière asséchée) basculent dans l’inconnu, offrant une hallucination visuelle et sonore tout en proposant un pan de nature sauvage dans un cadre urbain.
L’artiste ne propose pas des scénarios préétablis, mais lance au contraire des pistes dans lesquelles le spectateur peut perdre ses repères à loisir.











