Jan Fabre et Marina Abramovic,
"Virgin-Warrior/Warrior-Virgin", performance

Au Palais de Tokyo, le 14 décembre 2004

Une expérience physique et conceptuelle

Une performance exceptionnelle, spécialement produite pour le Palais de Tokyo, au cours de laquelle Jan Fabre et Marina Abramovic vivent en direct une expérience physique et conceptuelle, livrés aux regards du public quatre heures durant. Protégés par une armure de métal ou dénudés et vulnérables, ils se donnent entièrement à l'expérience, sans répétition ni préparation. Ils incarnent tour à tour les figures du guerrier et de la vierge et activent et pratiquent le "culte du sacrifice et du pardon". Pour ces deux artistes, qui se placent toujours aux limites de l'art, ce projet est l'occasion de réinventer les archétypes du combattant et du saint qui tous deux les fascinent.

Le corps exposé
Bien qu'ils n'aient jusque là jamais travaillé ensemble, Marina Abramovic (née à Belgrade en 1946) et Jan Fabre (né à Anvers en 1958) ont mis à contribution leur corps avec la même intensité dans des projets artistiques extrêmes.
Dès 1974, Marina Abramovic s'offre au "sadisme" des spectateurs et engage une série d'actions d'automutilations : scarifications, coupures, stigmatisations. Plus tard, Jan Fabre explore les mêmes territoires de la violence physique en écrivant avec son sang, après s'être incisé le doigt : "J'ai toujours testé ma résistance de manière extrême, au point parfois d'être hospitalisé", dira-t-il. Son art chorégraphique et théâtral est teinté de cette sauvagerie, qui libére une énergie physique débridée, où la tension s'installe dans des climats de violence et d'agressivité.

 

Attirance-Répulsion
Sorciers contemporains, Jan Fabre comme Marina Abramovic développent une activité autour de la répulsion et de l'attirance pour le règne animal. Dans une de ses performances les plus risquées, Marina Abramovic, Le corps enlacé de pythons, sublime la peur et renvoie au mythe biblique. En 1986, dans "Le pouvoir de la folie théâtrale", Jan Fabre lâche des grenouilles laissant des traces de sang derrière elles. En 1997, Marina Abramovic passe quatre jours à brosser une montagne d'os de boeuf encore sanguinolents. En 2000, Jan Fabre expose à Paris "Meat", accumulation de carapaces de coléoptères dont il se sert aussi pour concevoir d'impressionnantes armures moirées.
Si Marina Abramovic est aujourd'hui considérée comme une figure historique de l'art de la performance et Jan Fabre comme un auteur européen qui a renouvelé l'art du théâtre dans les années 80, tous deux s'emploient également à brouiller les catégories esthétiques. Jan Fabre invente un spectacle croisant la danse et l'opéra là où Marina Abramovic fait du corps sa matière première, sortant l'art du musée. Depuis les années 90, elle se sert aussi bien de scènes de théâtre que de la vidéo pour creuser davantage le rapport avec les spectateurs.

Jan Fabre et Marina Abramovic
Tandis que le travail en couple a profondément marqué l'activité de Marina Abramovic qui, de 1976 à 1988, forma avec Ulay un duo d'artistes indissociable, éprouvant leur relation jusque dans la symbiose totale, Jan Fabre a souvent mis en scène des solos et se retrouve pour la première fois face à une femme. A ce propos, il déclare : "Elle a 58 ans, j'en ai 46. Je l'admirais beaucoup quand j'avais 18 ans; elle m'a confié qu'elle suivait mon travail avec attention. Nous allons tenter de retrouver un état d'enfance, de transparence, une sorte de virginité dans l'action".

La performance
Dans cette performance, intitulée "Virgin-Warrior/Warrior-Virgin" (Vierge-Guerrier/Guerrier-Vierge) , les deux artistes s'enferment dans une vitrine qui les exposent au monde extérier tout autant qu'il les en isolent.
Ils se donnent l'un à l'autre dans cette boîte transparente, d'abord revêtus d'une armure, puis dépouillés et vulnérables. Souvent, ils semblent s'adresser à eux-mêmes, parfois onde extérieur avec lequel ils échangent des messages écrits de leur propre sang. Incarnant tour à tour les figures du guerrier et de la vierge, ils activent au cours de la performance le "culte du sacrifice et du pardon". Leurs actes posent l'artiste comme intermédiaire, comme moyen d'accès à une autre réalité, selon les enseignements mêmes de la mystique.

L'exposition
A l'issue de la performance, l'espace transparent dans lequel Marina Abramovic et Jan Fabre se sont enfermés durant quatre heures a été laissé dans l'état : éléments des armures démontées, instruments utilisés, scalpels pour les incisions, règles et pinceaux pour les textes tracés avec leur propre sang, coeurs de boeuf symboles de la chair et de l'esprit, parsèment le sol et brillent sous la lumière des projecteurs comme un dernier spectacle inerte et figé offert par les restes d'un combat qui fut lent, difficile et lourd d'émotion et de sens.

> La Performance s'est déroulée le mardi 14 décembre 2004

> L'exposition et le film de la performance sont présentés jusqu'au 6 février 2005