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Un grain de toute beauté Marion Bataillard, Willem Boel, Arthur Lambert, François Malingrëy

Cette exposition réunit les lauréats du 60ème Salon de Montrouge qui s’est tenu du 5 mai au 3 juin derniers, choisis par un jury présidé par le cinéaste Olivier Assayas. Rien ne les réunit a priori, sauf le hasard de cette glorification fugace, et à présent cette présentation collective, qui se risque à une mise en perspective «psychique» de leurs travaux. Le titre de l’exposition est d’ailleurs extrait de la chanson d’Alain Bashung.

Au Pavillon des Lauriers, d’après le nom du bâtiment hospitalier psychiatrique où il résidait parfois : «Je veux rester fou», y clame-t-il, et «je veille / Sur un grain de toute beauté». Dès l’entrée, le visiteur se trouve plongé dans le fracas du chaos mental orchestré par Willem Boel. En émergent les schémas métaphysiques d’Arthur Lambert. Dans une perspective démesurée, inspirée des tunnels décrits par les témoins de mort clinique, il aborde les visages familiers scrutés au pinceau par Marion Bataillard et François Malingrëy, puis les corps entiers pris dans les vastes compositions des mêmes.

«Référence à la folie ou non, veiller sur un grain de toute beauté m’est apparu comme une définition possible de cette insaisissable activité que demeure «faire de l’art», que Jean-François Lyotard entendait lui comme «faire des branchements de libido sur la couleur». Je cite Bashung et Lyotard, mais la forme même de l’exposition doit plus à Giuseppe Tomasi di Lampedusa, qui s’attache dans Le Guépard à débusquer les « racines plus profondes dans un de ces motifs que nous appelons irrationnels parce que ensevelis sous des amas d'ignorance de nous-mêmes». Comme celui-là, elle se développe dans l’espace et le temps en profondeur, vers un point aveugle, on la traverse en se retournant à demi, comme pour jeter un dernier oeil sur le monde qu’on laisse derrière soi ; on y progresse comme dans un travelling exagérément ralenti, elle forme en son entier un zoom arrière sophistiqué. Le grain du titre, ainsi, prend tous ses sens, psychiatrique, météorologique, épidermique comme pictural.»

Commissariat: Stéphane Corréard, assisté de Dahlia Sicsic