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CELESTE BOURSIER-MOUGENOT acquaalta

L’acquaalta est cette inondation annuelle touchant la lagune vénitienne. À l’été 2015, ce même phénomène s’empare des espaces du Palais de Tokyo. Céleste Boursier-Mougenot imagine en effet un paysage lacustre qui entraîne le visiteur dans une expérience visuelle, tactile et auditive modifiant sa perception des lieux : « le déploiement dans l’espace d’un dispositif, en relation avec un lieu ou une situation, correspond pour moi à ce que d’autres musiciens accomplissent en faisant des concerts. » (1)

En traversant cet espace inondé, le visiteur est introduit dans un flux d’images créant les prémices d’un voyage halluciné qui l’amènerait à naviguer à travers sa propre psyché. Avec cette production inédite, c’est aussi un nouveau format d’exposition qui est exploré. L’artiste complète ce paysage par un zombiedrone, principe qu’il a déjà expérimenté et qu’il définit ainsi : « un système de traitement du signal vidéo crypte les images, ne laissant apparaître sur l’écran que les parties en mouvement dans le cadre. Tout le reste se fond dans un noir opaque. L’effet saisissant de la transformation de l’image vidée de son message est accompagné par un son lancinant, provenant de la conversion du flux des images en un continuum sonore. »

C’est donc un continuum, une onde, qui guide le visiteur dans l’exposition via un dispositif cohérent ayant pour fonction la connexion des flux (des visiteurs, de l’eau, de la vidéo et du son) : les visiteurs parcourent l’exposition, leurs mouvements étant filmés et retransmis en direct sur les murs. Tous se retrouvent sur une île, lieu d’un éboulement minéral où chacun pourra s’allonger pour mieux se noyer dans les images environnantes. Tout au long du parcours, le visiteur est acteur de l’exposition, son sujet et son objet. À l’issue de cette expérience sensible et hallucinatoire, et selon les mots de l’artiste, « pour sortir de l’exposition, le visiteur traversera – littéralement – l’image. » Cet univers fantasmagorique évoque autant la mythologie antique (de Narcisse se noyant dans son reflet à Ulysse résistant au chant des sirènes) que le cinéma (la fuite en barque des enfants dans «La Nuit du Chasseur»). Le rapport entre nature et culture est ici renversé, l’artiste étant comme il le dit lui-même « un simple médium, permettant aux visiteurs de donner des formes à leur sensations », soit l’oubli de soi face à des images et des sons hypnotiques.

(1) Céleste Boursier-Mougenot, « Ecoutes à l’oeuvre – entretien avec Samuel Bianchini » in Céleste Boursier-Mougenot, Etats seconds, Edition FRAC Champagne-Ardenne, Reims. Analogues, Arles, 2008, p. 114.

Commissaire : Daria de Beauvais


Photo : Laurent Lecat

Biographie

Né en 1961 à Nice, Céleste Boursier-Mougenot vit et travaille à Sète. Ses travaux, bien que présentés depuis près de vingt ans dans les lieux d’art contemporain, en France comme à l’étranger, sont avant tout à considérer comme ceux d’un musicien. Après avoir été, de 1985 à 1994, le compositeur de la compagnie « Side One Posthume Théâtre » de l’auteur et metteur en scène Pascal Rambert, il entreprend de donner une forme autonome à sa musique en réalisant des installations.

Céleste Boursier-Mougenot présente son travail à l’international depuis un certain nombre d’années. Il a d’ailleurs été le premier artiste français lauréat de l’International Studio Program (PS1) à New York en 1998-1999. On a pu voir récemment son travail exposé à la National Gallery Victoria de Melbourne (2013), au Barbican Centre à Londres (2010) ou encore à la Pinacothèque de Sao Paulo (2009).

L’année 2015 s’annonce exceptionnelle pour l’artiste puisqu’en parallèle de son exposition au Palais de Tokyo, il présente à la 56e Biennale d’art contemporain de Venise (09 mai – 22 novembre 2015), rêvolutions, un projet inédit et ambitieux, qui transforme le Pavillon français en un îlot organique et sonore. Le commissariat du Pavillon français, placé sous la conduite de l’Institut français, est assuré par Emma Lavigne, directrice du Centre Pompidou- Metz, qui y présente une nouvelle version d’une de ses oeuvres les plus connues, clinamen. Il sera également invité au Musée des Beaux-Arts de Montréal en novembre avec from here to hear, une autre pièce de renom.

Céleste Boursier-Mougenot est actuellement représenté par les galeries Paula Cooper (New York), Xippas (Paris, Genève, Montevideo, Athènes) et Mario Mazzoli (Berlin).