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EXIT Installation

Les Alertes sont des invitations faites à des artistes et des commissaires d’exposition à investir un espace du Palais de Tokyo et à réagir au fil brûlant de l’actualité.
Après « Le cas Pussy Riot », première Alerte en juin 2012 avant que la presse internationale ne s’empare du sujet, « Liberté pour la littérature chinoise ! » en janvier 2013, « Nul ne sera soumis à la torture » en février 2013, en lien avec le conflit syrien, ou plus récemment « Culture et conflit : IZOLYATSIA en exil » en décembre 2014 en réaction au conflit ukrainien et à son impact sur la culture, le Palais de Tokyo active son programme d’Alertes en résonance avec la COP21, la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques.

Le Palais de Tokyo a le plaisir d'accueillir du 25 novembre 2015 au 10 janvier 2016, l'installation Exit présentée par la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Conçue par les artistes et architectes Diller Scofidio + Renfro sur une idée de Paul Virilio, cette oeuvre a été réalisée en collaboration avec l’artiste et architecte Laura Kurgan, l’artiste et statisticien Mark Hansen, ainsi que des géographes et des scientifiques. Présentée à la Fondation Cartier dans l’exposition Terre Natale, Ailleurs commence ici (2008), cette oeuvre fait désormais partie de sa collection. Exit est composée d’un ensemble de cartes animées générées à partir de données statistiques portant sur les mouvements de population dans le monde et leurs principales causes. L’oeuvre a été entièrement actualisée à l’occasion de la Conférence sur le changement climatique des Nations Unies (COP21) organisée à Paris en décembre 2015. Cet événement décisif offre un contexte particulièrement pertinent à une oeuvre dont les sujets sont inséparables de la question du réchauffement climatique : « C’est un peu comme si le ciel, et ses nuages, et sa pollution faisaient leur entrée dans l’Histoire. Non plus dans l’histoire des saisons – l’été, l’automne, l’hiver – mais dans l’histoire du peuplement, dans l’histoire de zones inhabitables pour une raison ou pour une autre, et pas seulement pour des raison de désertification, mais pour des raisons de disparition, de submersion du sol. C’est l’avenir. » (Paul Virilio, 2009)

Commande de la Fondation Cartier, Exit a été réalisée à la fin de l’année 2008 pour l’exposition Terre Natale, Ailleurs commence ici, alors que les flux de population atteignaient des proportions sans précédent dans l’histoire humaine ; elle a ensuite été montrée au Kunsthal Charlottenborg de Copenhague en 2009 durant la COP15, puis lors de l’inauguration de l’AlhondigaBilbao en 2010. Conçue comme une oeuvre d’art, Exit utilise des données géocodées provenant de plus d’une centaine de sources, traitées grâce à un programme informatique puis interprétées visuellement. Exit est une réflexion sur les notions d’enracinement et de déracinement ainsi que sur les questions identitaires qui leurs sont attachées. L’oeuvre aborde des problèmes qui n’ont depuis cessé de s’intensifier : aujourd’hui, la crise des réfugiés rend cette nouvelle présentation d’Exit plus actuelle et pertinente que jamais.

Exit est une installation vidéo immersive dans laquelle sont projetées, à 360°, six cartes animées : Population et migrations urbaines, Des flux d’hommes et d’argent, Réfugiés politiques et migrations forcées, Catastrophes naturelles, Des mers qui montent, des villes qui disparaissent, Déforestations et langues en danger (ce dernier scénario a été réalisé avec l’AlhondigaBilbao). Grâce à un vaste ensemble de sources provenant d’organisations internationales, d’organisations nongouvernementales, et de centres de recherche, Exit permet d’appréhender visuellement les relations complexes entre les différents facteurs à l’origine des migrations actuelles. L’oeuvre a été entièrement mise à jour, reflétant en cela l’évolution alarmante des données depuis sa première présentation en 2008. Chacune des six cartes montre que le lien entre les hommes et leur environnement s’est considérablement dégradé au cours des sept dernières années. Le nombre de personnes déplacées par les guerres, les persécutions et les violences a atteint un pic historique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce phénomène a conduit à une crise politique en Europe alors même que la majorité des personnes déplacées sont accueillies dans des pays en développement. L’urbanisation et la déforestation à grande échelle dans les pays tropicaux ont progressé à un rythme effréné, provoquant ainsi le déracinement de nombreuses communautés indigènes et la disparition progressive de leur langue maternelle. Les promesses actuelles de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont jugées largement insuffisantes pour atteindre l’objectif d’une augmentation maximale de la température de 2°C d’ici la fin du siècle, et les scénarios envisageant un réchauffement planétaire qui pourrait atteindre 4 ou même 6°C ne sont plus considérés comme de la science-fiction.

Qu’elles débouchent sur un succès ou un échec, les négociations de la COP21 vont contribuer dans les années à venir au destin de notre planète. Dans ce contexte, la présentation d’Exit pendant deux mois au Palais de Tokyo ne représente pas seulement un événement artistique d’importance, mais également un appel à agir : avec l’actualisation des données, c’est toute la réalité des mouvements migratoires d’aujourd’hui qui est donnée à voir. Les pixels qui composent chaque carte représentent autant d’expériences humaines et nous révèlent que notre relation à notre terre natale repose moins sur notre attachement à un lieu particulier que sur la diversité des trajectoires que nous empruntons.