Le Pavillon, LABORATOIRE DE CREATION du Palais de
Tokyo
Créé en 2001, le Pavillon est un laboratoire dévolu à la
création plastique contemporaine. Son activité est centrée sur la recherche artistique
et il a été pensé sur un mode expérimental. Cette unité pédagogique
a été conçue comme une petite structure flexible, « déménageable » à souhait,
en un mot : réactive. Pareille souplesse est impérative dans un domaine qui évolue
sans cesse. À ce titre, le Pavillon demeure encore aujourd’hui un véritable
projet. Cela signifie qu’il se remodèle continuellement, qu’il doit
s’adapter à une situation mouvante, celle de la jeune création.
Chaque année, notre « cellule de formation » – si on peut ainsi le nommer avec la précaution de guillemets – accueille une dizaine d’artistes
et de curateurs en provenance du monde entier. Leur résidence est placée
sous le signe de l’élargissement de leur expérience, d’un
enrichissement de leur pratique. Ne nous le cachons pas : ce programme est des plus ambitieux. Et par là même, il est source d’incertitudes et d’hésitations.
Reste qu’il est aussi le meilleur procédé pour préserver une exigence
face à la création. Le Pavillon accueille les artistes, se veut à leur écoute, et cherche à leur
donner les moyens de questionner leurs dispositifs esthétiques. Plus qu’un
réel apprentissage, c’est un accompagnement. Il s’agit d’offrir
aux artistes la possibilité d’approfondir leur démarche dans un cadre stimulant.
Depuis le début des années 1980, mon propre parcours artistique
m’a amené à obtenir de nombreuses bourses de séjour à l’étranger
qui ont le plus souvent été marquées par la solitude. Cet isolement est
venu nourrir mon travail mais il m’a également persuadé de l’importance
des rencontres. Ainsi, le Pavillon a été imaginé avant tout comme un espace de
partage, un espace d’échanges et de débats. Je crois à la nécessité de
s’ouvrir à l’autre et de communiquer. C’est là le moyen de se remettre en cause et de ne pas se figer
dans une seule expression. Si chaque artiste développe bien sûr un territoire singulier,
il n’existe qu’à travers ce type de confrontation.
La spécificité du Pavillon est alors de proposer aux résidents des collaborations.
L’un des objectifs de ce laboratoire est la constitution d’un groupe
qui est invité à travailler ensemble durant la résidence. Mais à l’intérieur de
cette microsociété, chaque individu trace sa propre ligne directrice. Le pari
consiste donc à ce que les différentes personnalités réunies s’entendent dans
la perspective d’un projet commun. De ce point de vue, le Pavillon est une
utopie. Une utopie parfois malmenée, mais qui a le mérite de se confronter à
la réalité de ce qui définit une communauté : les tensions et les incompréhensions,
aussi bien que les affinités et les complicités. En dépit de ces difficultés,
le Pavillon est un lieu qui pense que la richesse de l’existence réside plus que
jamais dans sa diversité.
The Pavillon, established in 2001, is a laboratory devoted to contemporary
creativity in the visual arts. Its activities are focused on artistic research
and it has been conceived along experimental lines. This educational unit
has been designed as a small flexible institution, “movable at will,” in short :
reactive. Such flexibility is imperative in a field that is constantly evolving.
Because of this, the Pavillon today is still very much a project-in-progress.
This means that it is continually being reshaped, that it has to adapt to a moving
situation, that of youthful creativity.
Every year, our “training unit”—if it can be referred to as such, using
inverted commas as a precaution—receives about ten artists and curators
from all over the world. The keynote of their residency is the widening of
their experience, the enrichment of their practice. Let’s not be reticent about
it: this program is extremely ambitious. And for that very reason it gives rise
to uncertainties and hesitations. Nonetheless it is also the best procedure for
preserving a demanding attitude to creativity. The Pavillon receives the artists,
sets out to listen to them, and tries to give them the resources to question
their own esthetic operations. More than actual apprenticeship, it involves
mentoring. It is a matter of offering the artists a chance to add depth to their
way of working in a stimulating environment.
Since the early 1980s my own path as an artist led to my being awarded
numerous grants enabling me to spend periods in other countries, and as often
as not those stays were characterized by loneliness. That isolation fed
into my work, but it also convinced me of the importance of meeting people.
Therefore the Pavillon has been outlined above all as a space for sharing, a
space for exchanges and discussions. I believe in the necessity of being open
to others and communicating. That is the means of rechallenging oneself and not becoming fixed in a single form of expression. While every artist
of course develops a unique territory, s/he exists only through this type of
confrontation.
So the special feature of the Pavillon is that it offers young artists and
curators collaborative projects. One of the objectives of this laboratory is
the establishment of a group that is encouraged to work together during its
residency. But inside that micro-society, each individual goes his/her own
way. Therefore the challenge is for the various personalities who have been
brought together to understand one another in the context of a joint project.
From this point of view the Pavillon is a utopia. Sometimes a utopia that offers
a rough ride, but one that has the merit of confronting the reality of what
defines a community : the tensions and misunderstandings, as well as the affinities
and collusions. In spite of these difficulties, the Pavillon is a place that
believes life’s richness lies more than ever in its diversity.